LA  FRANCE  pittoresque

DUGUAY.TROUIN

SA MAISON A SAINT-MALO

 

A Saint-Malo, lorsqu'on se promène dans les rues étroites et tortueuses de la vieille ville, on re­trouve quelques maisons du seizième et du dix-septième siècle, dont les façades en bois sculpté encadrent, du haut en bas, des rangées de baies contiguës garnies d'une vitrerie à compartiments plombés. 11 en est une dans la rue Jean-de-Châtillon qui mérite surtout l'attention.

D'après les figures en relief mutilées qui décoraient, jadis les encorbellements de ses poteaux saillants, on doit lui donner pour date le quinzième siècle. A l'extérieur, entre le premier et le second étage, on lit, le nom de Duguay-Trouin.

C'est là, en effet, que, suivant la tradition, naquit en 1673 un des marins dont, la France s'honore le plus.

Le registre des naissances nous apprend que le célèbre Breton fut baptisé le jour même où il vint au monde:

 

" Ce jour 10e de juin 1673, il a été baptisé par  moi soussigné, chanoine et vicaire perpétuel de Saint-Malo, un fils de Luc Troüin, sieur de la  Barbinays, et de Marguerite Boscher, sa femme, et ce, par permission des supérieurs, en présence  de Jeanne Troüin, demoiselle du Pré, qui a signé. : Luc Trouin. - Jeanne Trouin."

 

L'enfant fut mis en nourrice au village du Gué, ce qui explique le nom distinctif qu'il prit dans la suite. On le destina d'abord à l'état ecclésiastique; mais son tempérament s'accommoda mal d'une profes­sion calme et austère, et en 1689 sa famille, qui l'a­vait envoyé à Caen, dut le rappeler auprès d'elle. Il fut ensuite embarqué sur une frégate en qualité de volontaire: les rigueurs du rude apprentissage au-quel le soumit sa nouvelle situation ne le rebutè­rent pas, et après quelques années, on pouvait déjà présager en lui un émule de Duquesne, de Tour-ville, de Jean Bart et de Forbin.

En 1691, on lui confia le commandement d'une frégate de quatre canons. Jeté par la tempête sur les côtes d'Irlande, dans le Limerick, il brûle deux navires ennemis et s'empare d'un château.

En 1691, il est surpris non loin des Sorlingues par une escadre anglaise ; il est attaqué à portée de pistolet, et pourtant il résiste pendant quatre heures, encourageant ses hommes jusqu'à ce qu'un boulet le renverse sans connaissance sur le pont. Sa cap­tivité dura peu et n'abattit point son courage : à peine délivré de ses liens, il croisa sur les côtes d'Angleterre et d'Irlande ; il y fit d'importantes cap­tures, entre autres celle d'un vaisseau dont le ca­pitaine avait, en 1687, pris à Jean Bart et à Forbin les brevets de ces illustres capitaines. En apprenant qu'un jeune homme de vingt et un ans s'était dis­tingué d'une manière si éclatante, Louis XIV en­voya au Malouin une épée d'honneur.

La mort d'un de ses frères, tué pour ainsi dire sous ses yeux dans une descente auprès de Vigo, l'impressionna vivement. Pendant six mois, il vécut dans la retraite; mais quand il remit à la voile, ce fut pour asseoir définitivement sa réputations son , combat contre Vassenaër est resté célèbre et lui valut de passer dans la marine royale.

Durant la guerre de la Succession, il dévasta Ies côtes d'Espagne, d'Angleterre et de Hollande.

En 1706, nommé capitaine de vaisseau, il attaqua à la hauteur de Lisbonne une flotte brésilienne : la victoire lui resta après un combat de deux jours qui faillit lui coûter la vie. Cinq ans plus tard, il détruisit en onze jours les fortifications de Rio-Ja­neiro, réputées inexpugnables, et la maladie seule put interrompre la série de ses exploits.

Duguay-Trouin se recommandait par les qualités les plus sérieuses. II était intrépide sans témérité, généreux sans prodigalité, fier sans ostentation. Il occupa ses derniers loisirs à rédiger des Mémoires; ces papiers précieux furent dérobés par Villepon­toux, qui osa les publier en Hollande en les dédiant à Duguay-Trouin lui-même.

 

(') La Bretagne contemporaine. Paris, 1865, in-fol., t. IV.

 

MAXIME PETIT.

Maison de Duguay-Trouin, à Saint-Malo. - Dessin de H. Catenacci,

Maison détruite par l'envahisseur Allemand en 1944